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Un bateau en acier,
La mer et le soleil,
Et ce pont si chaud.
Ma jambe me fait si mal.
Ma maman violée,
Et mon papa torturé,
Sont morts tous les deux en Libye.
Et ces odeurs !
Et ces cris !
Et cette maman qui accouche
Dans la souffrance !
Je n’avais jamais vu un bébé mort…
Et tous ces marins totalement impuissants,
qui nous ont pourtant sauvés…
Pour l’instant…
Et le bateau tourne,
Un président en vacance dans un fort se fait servir….
Opulence !
Les fachos se gavent de merguez et de rosé….
Urgence indigestion !
Pas d’inquiétude le samu viendra les sauver !
Ma jambe me fait mal
Le bateau tourne,
Personne ne veut de nous….
A l’autre bout de la mer
Le drapeau est vert,
Plages privées,
Illusion de la richesse,
Enfants gâtés se plaignant de tout :
“Non mais la vie c’est trop dur,
et puis le travail c’est trop dur,
qu’est ce que je vais faire si je ne suis pas blindé d’oseille”.
Je ne sais pas….
Ce qu’est jouer….
Ce qu’est étudier….
Ce qu’est travailler…
Je ne sais pas…
Ce qu’est youtube,
Ce qu’est facebook,
Ce qu’est instagram….
Par contre je sais ce qu’est être heureux…
Vous non…..
Les français digèrent la coupe du monde
Et son équipe de France,
Jeunes millionnaires, que tout le monde envie…
Et le bateau tourne.
Ma jambe me fait mal,
Personne pour nous accueillir.
Ma jambe me fait mal,
Jusqu’au coeur,
Jusqu’à la tête…
Et le bateau tourne,
Le président se baigne dans sa piscine toute neuve,
Et son peuple boit,
Mange…
Baise…
vit…
Et son peuple a peur de nous,
ignorant, égoïste et tellement crétin.
Alors le bateau tourne encore,
Et ma tête aussi.
J’ai douze ans,
Je m’appelle Ahmed
Et je vais mourir…
J’ai mal à la jambe jusqu’au fond de mon âme,
Et personne pour me tenir la main…
Le bateau tourne,
Je vais mourir avant que quelqu’un veuille de nous,
J’ai fui les séquelles de vos guerres,
De vos intérêts économiques,
Moi je voulais juste jouer…
Comme tous vos enfants….
Et vous ne voulez pas de moi !
Je vais mourir
J’ai douze ans
La bateau tourne,
Ma tête aussi,
J’aurais aimé vous sourire,
J’aurais aimé vous aimer….
A.
A la mémoire de tous les réfugiés morts dans la plus grande indifférence.