“Arthur !…. Arthur !… ARTHUR !!!! Putain mais tu es où encore ! “.
Cette voix rocailleuse, parfumée au tabac froid au bourbon, Arthur la connaît.
“Arthur ! Rejoins le monde des vivants !!! Merde ! “
C’est la voix du vieux Victor, le patron du rade ou Arthur a l’habitude de se poser. Arthur ouvre les yeux, le brouhaha de la vaisselle malmenée par Victor est insupportable. Ce ne sont plus les mots mais des maux d’amour qui raisonnent dans la tête et dans le cœur d’Arthur. Il n’est pas debout, non plus, mais accoudé au zinc, devant un verre de bière. Il y noie parfois son chagrin, devenu capitaine de comptoir au long cours.
“Tu es revenu parmi nous” beugle Victor.
Arthur aime bien Victor, derrière son air bourru, il y a un homme sensible et sage. Impossible de donner un âge à Victor, il n’a pas bougé depuis des siècles.
Le taulier du café du marché et ses fidèles habitués, se sont toujours demandés qui était Arthur, quel était son passé. Arthur parlait de tout mais jamais de lui. Il était arrivé de nul part il y a quelques temps de ça, et posait souvent ses valises le temps d’un café ou de quelques bières. Victor, en fin psychologue de comptoir (ce sont les psys les meilleurs et les moins chers) savait que ce silence cachait des blessures. Certes Arthur avait beaucoup d’humour, rigolait, s’intéressait à énormément de choses, mais Victor savait que ses rires étaient des leurres. Dans ses yeux il ne voyait que du vide et de la tristesse.
“Victor ?”
“Mais tu parles aujourd’hui Arthur, c’est un miracle !”
“Victor, admettons que quelqu’un dérobe les deux consonnes du verbe aimer, il ne reste plus que Aïe, c’est étrange non ?
“Si tu le dis Arthur”. Victor s’était attaché à Arthur. Il aimait aussi sa sensibilité, sa naïveté parfois infantile, et sa fantaisie. Bon parfois ca l’énervait aussi tout ça !
“Non mais sérieux Victor ! Encore mieux, un jour de bise, cette dernière vient déposer son B au milieu du verbe aimer qui passait non loin, et delà donne abimer, curieux non ?”
“Non mais Arthur je ne vois pas ce qu’il y a d’étrange si tu enlèves des lettres ou en rajoutes dans un mot !”
“Ecoutes cela, encore mieux, admettons que l’on ai besoin d’un i pour transformer baser en un baiser, et que le seul disponible soit celui du verbe aimer, ca tient jusqu’à la ? Et bien, dans ce cas cela donne amer… c’est terrible Tu prend le i à aimer et cela donne un baiser amer !!!”
“Ecoutes ton raisonnement me surpasse mais en suivant ta petite logique, tu prends le verbe aimer et tu le glisses dans un sac a scrabble, tu mélanges bien les lettres, et tu ressors le verbe marier… Ca t’en bouche un coin non ?” dit Victor en rigolant.
“C’est ce que je voulais te démontrer Victor, que l’amour, aimer, cela tient à pas grand chose, un voleur, une catastrophe, une erreur, et aimer abîme, fait mal. Encore plus encore quand on est mauvais au scrabble.” dit Arthur tristement. Une larme s’écrase sur le zinc.
“Si tu le dis” lui répond Victor. “
A.