J’ai débarqué un jour port des Solitaires,
Là où, loin des regards, les misérables se terrent.
J’ai posé mes malles et mes yeux fatigués
Sur des rues sombres que les corneilles égaient,
Je n’ai plus depuis aucune larmes à pleurer.
J’ai loué une piaule Hôtel des Cœurs Abîmés
Avec vue sur l’automne, paraît-il très prisée.
Depuis, chaque nuit, mes draps sont des linceuls
Où je me meurs d’ennui tellement je suis seul,
Je n’ai plus de demain grand-chose à espérer.
J’ai remonté le boulevard de la Désolation,
Ses trottoirs couraient à perte d’horizon.
J’ai cru voir une ombre qui avait son visage,
Dans les bras d’un autre marin, au détour d’un mirage,
J’ai perdu son amour et j’ai perdu la raison
En silence j’ai rejoint la Croisée des Chemins
Et au claire de lune, j’ai signé des deux mains.
Au risque, pour une flamme, de supporter l’enfer,
Autant vendre mon âme dont elle n’a rien à faire.
Je n’ai plus rien à perdre, on m’a déjà tout pris.
A.