Quand elle pousse la porte, il sent tout son corps se souvenir.
Ce n’est pas l’heure qui compte, ni d’où elle vient.
C’est elle, là, présente, vivante,
et la façon dont elle se glisse contre lui,
comme si elle n’avait jamais été ailleurs.
Elle ne ment pas, elle ne cache pas.
Elle pose sa peau contre la sienne,
et son odeur raconte à demi-mots ce qu’elle a vécu ailleurs.
Il ne cherche pas les détails,
ce qu’il veut, c’est sa chaleur revenue,
la tension dans son ventre quand elle l’effleure
avec cette faim encore vibrante.
Elle sait qu’il est là.
Toujours.
Il est son port d’attache.
L’endroit où elle se dénude vraiment,
sans maquillage ni rôle,
là où ses jambes s’ouvrent par abandon,
et non par désir de plaire.
Là où elle ne joue plus.
Elle revient, parce qu’il est le lieu fixe dans ses marées.
Le feu qui l’accueille, qu’elle attise, qu’elle honore.
Ils s’aiment dans les creux, dans les silences,
dans le râle contenu quand les doigts glissent,
quand la bouche cherche, trouve,
et que le monde rétrécit jusqu’à devenir corps.
Le leur.
Lui, parfois, préfère s’absenter,
non dans d’autres bras,
mais dans le vide, la solitude nue.
C’est sa façon de respirer,
de s’alléger.
Mais c’est elle, toujours,
qu’il cherche du regard quand il revient à lui.
Elle est son port d’attache aussi.
Son rivage calme après l’errance.
Celle dont la peau est refuge,
dont la voix est ancrage.
Il la retrouve comme on rentre à la maison, avec fatigue, avec désir, avec une gratitude muette.
Quand ils se retrouvent, c’est toujours animal.
Pas des mots,
pas d’explication.
Des ongles, des soupirs,
des dos cambrés et des regards qui brûlent plus que mille serments.
C’est là que leur vérité s’écrit :
dans la chair, dans la fièvre,
dans cette fidélité sans chaînes,
dans cette tendresse pleine de griffes.
Ils sont libres,
mais sans ce port, sans ce lieu de retour,
leur liberté deviendrait fuite,
leur désir, errance….
A.